Hypotonie définition

Hypotonie : définition, compréhension clinique et accompagnement en pédiatrie

Par Tatjana Buffet, kinésithérapeute spécialisée en pédiatrie

Comprendre l’hypotonie en pratique clinique

Définition et caractéristiques de l’hypotonie

En tant que kinésithérapeute spécialisée en pédiatrie, je reçois régulièrement en consultation des patients présentant une hypotonie, qu’il s’agisse d’un bébé, d’un nourrisson plus âgé ou d’un enfant en cours de développement moteur.
L’hypotonie correspond à une diminution du tonus musculaire, c’est-à-dire à un déficit partiel ou global du muscle à se maintenir actif, même au repos. Les muscles présentent alors une tension insuffisante au repos, ce qui se traduit cliniquement par une posture plus flasque, une difficulté motrice à maintenir certaines positions, et parfois une perte de stabilité ou d’équilibre liée à une atteinte du système nerveux central ou périphérique.

Le tonus musculaire est nécessaire au développement moteur harmonieux de l’enfant, car il constitue la base du mouvement, de la coordination et de la posture dès la naissance. Il permet au corps de s’opposer à la gravité, de maintenir la tête, de stabiliser le tronc et d’assurer la fluidité des mouvements.

Chez le bébé sans trouble neuromoteur, ce tonus est présent dès la naissance et s’adapte progressivement aux acquisitions motrices. Dans le cas d’une hypotonie, cette base tonique est insuffisante. Le corps met alors en place des stratégies de compensation. Cette compensation est souvent une hyperextension. Ce que veut dire que votre bébé tire de plus en plus en arrière et ce phénomène s’installe souvent quand on passe vers les 2 mois de vie.

L’hypotonie n’est pas une maladie en soi mais plutôt un symptôme évocateur d’un trouble sous-jacent, pouvant aller d’un simple retard moteur à une pathologie d’origine neurologique ou génétique comme un syndrome ou une paralysie. Il s’agit d’un symptôme révélateur d’un trouble plus global, dont la cause peut être multiple et nécessiter une prise en charge adaptée.

Hypotonie axiale

L’hypotonie axiale touche principalement le tronc et les muscles posturaux. Elle se manifeste souvent chez le bébé et le jeune enfant par une difficulté à tenir la tête, une posture en « enroulement » ou un manque de stabilité en position assise. Lors des consultations, j’observe fréquemment une participation insuffisante de la musculature profonde, ce qui rend les ajustements posturaux plus lents et moins efficaces. Souvent, on remarque également un maintien de tête un peu plus faible et on a tendance à le tenir car on a peur qu’il tombe en arrière, ce qui renforce parfois les compensations liées à l’hypotonie.

Exemple fréquent

Un bébé hypotonique peut avoir du mal à maintenir le regard ou à coordonner ses mouvements visuels avec ses gestes, ce qui peut influencer ses interactions précoces et son développement global.

Avec l’évolution, d’autres signes peuvent apparaître chez l’enfant : retard dans les acquisitions motrices, instabilité posturale, maladresse ou fatigabilité accrue. Ces manifestations varient selon les cas et selon la pathologie responsable de l’hypotonie. Nous constatons également que ces bébés hypotoniques sont des bébés plutôt cool, qui dorment bien et qui mangent bien. Les parents me rapportent que c’est un bébé facile.

Et le diagnostic de l’hypotonie est souvent pris en charge plus tardivement que celui du bébé en hypertonie. Les bébés hypotoniques sont jugés « fainéants », « il prend son temps » ou encore « il est juste cool », ce qui retarde parfois la prise de conscience de la difficulté motrice.

Diagnostic de l’hypotonie

Le diagnostic de l’hypotonie repose sur une observation clinique rigoureuse et peut nécessiter des examens complémentaires pour identifier l’origine exacte : atteinte nerveuse, traumatisme à la naissance, syndrome génétique ou séquelles d’un AVC périnatal. Le professionnel de santé évalue la posture, le tonus, les réflexes et la qualité des mouvements spontanés. La manœuvre du « tiré-assis » est particulièrement informative pour évaluer le contrôle axial chez le bébé et le jeune enfant et orienter la prise en charge.

Ce test est réalisé par un professionnel de santé formé à l’examen neuro-moteur pour détecter une hypotonie, qu’elle soit transitoire ou révélatrice d’un trouble plus profond. Le bébé est tiré vers la position assise. Au moment où la manœuvre commence, le bébé doit être capable de suivre et contracter les muscles de tout son corps pour réussir ce test.

Le test du tiré-assis nous donne l’information si le bébé est capable de faire une flexion de la tête pour accompagner le mouvement demandé par l’examinateur. Au moment où l’on amène le bébé vers la position assise, il faut qu’il nous accompagne avec une flexion de la tête et un gainage. Le gainage de son corps ne doit pas ressembler à un effort, ni à une traction en arrière.

Pourquoi c’est si important de bien savoir tenir sa tête ?

Pour mettre la motricité en route, la première chose que le bébé doit maîtriser est le contrôle de la tête. Sans ce contrôle, il est nécessaire pour le bébé de trouver une autre stratégie pour stabiliser sa tête. La seule solution qu’il a est de partir en hyperextension pour que la tête soit stable.

Les bébés qui sont en hypotonie sont plutôt passifs et ne cherchent pas plus que ça, et d’autres partent en hyperextension. Cela s’appelle une hyperextension fonctionnelle sur une hypotonie globale.

Hypotonie et développement moteur

L’hypotonie est un état d’utilisation des muscles qui est trop bas pour mettre la motricité en route et souvent ces bébés prennent un petit retard. Un retard est acceptable si le bébé passe par les étapes sans les sauter. Il peut prendre un certain temps de retard, mais il est nécessaire de veiller à ce que ce retard ne soit pas trop long.

Retournement du dos sur le ventre au plus tard vers 6 mois, sphinx et horloge au plus tard vers 8 mois, et le déplacement en 4 pattes au plus tard vers 11 mois. Si le retard se cumule trop, il est intéressant de voir une kinésithérapeute spécialisée en pédiatrie et de mettre en place une prise en charge adaptée après un bilan.

Conclusion

Une hypotonie correspond plus souvent à une activité musculaire insuffisante pour permettre un développement moteur normal, mais faites confiance à votre pédiatre qui pourra orienter vers une prise en charge ou un traitement adapté si la cause concerne une pathologie plus sévère.